Les résultats des européennes du 7 juin l'ont confirmé : la gauche est la
première victime de l'abstention des Français les plus modestes, et des jeunes.
Elle est ensuite victime de ses divisions, de clivages dépassés, prisonnière de
discours et cultures hérités des siècles passés. De là viennent les sectarismes
et les querelles intestines qui s'étalent dans les médias et font le désespoir
du peuple de gauche.
Le paradoxe est saisissant : d'un côté la crise et ses conséquences
dévastatrices; les mobilisations sociales et l'unité syndicale qui y répondent;
de l'autre côté, une gauche morcelée, fatiguée, manquant d'imagination et
peinant à élaborer un projet qui suscite l'espoir et l'enthousiasme. Pour des
millions de femmes et d'hommes, de salariés du public et du privé, de chômeurs,
de jeunes, d'universitaires et de chercheurs, d'intellectuels, de créateurs,
d'artistes, ce déclin de la gauche est vécu comme un drame.
Dominant ce paysage sinistré, le pouvoir croit tenir sa victoire. Face au
mécontentement, aux mobilisations sociales, il s'adapte, louvoie
– mais il garde le cap. Au prix que l'on sait : une excroissance insidieuse d'un
pouvoir personnel omniprésent, et une méthodique déconstruction, au quotidien,
de la puissance publique et de l'Etat de droit. Nous savons bien ce qu'il y a au
bout d'un tel chemin : la déchirure du corps social. Il faut l'éviter à tout
prix.
Il est urgent que la gauche se sorte de l'impasse où elle s'est laissée
enfermer. Elle le doit à tous ceux qui sont convaincus qu'un autre avenir, dans
une autre société, est possible. Aucun parti ne peut prétendre, à lui tout seul,
être la force propulsive du progressisme nouveau, et de la dynamique unitaire,
dont le peuple de gauche a tellement besoin. On ne saurait non plus laisser les
états-majors, comme à leur habitude, faire et défaire les coalitions et les
alliances au gré des résultats électoraux et des rapports de force internes. La
solution est ailleurs.
Dans tous les partis de gauche et au-delà demeure un capital militant, un
potentiel de générosité et d'intelligence citoyenne qui représente une
formidable chance de renouveau. Et à côté des partis, dans les associations, les
collectifs, la société civile, des millions de femmes et d'hommes cherchent un
espace politique solidaire, efficace et durable, où s'investir pour le
changement.
Nous voulons agir pour rassembler les uns et les autres dans l'élaboration
commune d'une alternative progressiste au néolibéralisme, d'un programme de
profonde transformation sociale. Un projet qui puisse un jour prochain être
porté au gouvernement, et qui s'inspire directement des aspirations, des
revendications et des luttes de toutes les forces vives de notre pays.
Cinq axes de réflexion et d'action nous semblent prioritaires :
1. La définition d'une nouvelle éthique de la République et de la vie
politique.
2. L'approfondissement de la démocratie sociale et citoyenne.
3. Le combat pour une mondialisation solidaire et pacifique.
4. La reconstruction de notre société autour des principes de justice
sociale, d'égalité d'accès aux savoirs et à la culture.
5. La conception d'un nouveau modèle de développement économique qui soit à
la fois social, écologique et progressiste.
Nous appelons au rassemblement sans délai de toutes celles et de tous ceux
qui estiment urgent de se retrouver dans une démarche unitaire, en pleine
autonomie, au-delà des appareils politiques, non pas contre eux mais en rejetant
toute hégémonie. De toutes celles et de tous ceux qui désirent participer à
l'écriture d'une nouvelle page fondatrice de l'histoire de la gauche.
Nous appelons à la création partout en France d'espaces de dialogue,
d'organisation et d'action. Tous ensemble, nous nous donnerons comme premier
objectif l'élaboration d'un pacte unitaire de progrès. Une charte reposant sur les
principes que nous définirons collectivement, pour une société progressiste plus
juste et plus humaine.
Robert Hue, sénateur du Val-d'Oise et fondateur du Nouvel
Espace progressiste;
Dominique Bègles, journaliste;
Jean-Pierre Bel, président du groupe socialiste au Sénat;
Pascal Cherki, maire du 14earrondissement de Paris;
Denis Cohen, syndicaliste;
Julien Dray, député
de l'Essonne;
Aurélie Filippetti, députée de Moselle;
Michela Frigiolini, militante associative;
Michel
Fize, sociologue;
Bernard Frédérick, journaliste et
coordinateur national du Nouvel Espace progressiste;
Stéphane
Gatignon, conseiller général de Seine-Saint-Denis et maire de Sevran;
Jean-Luc Laurent, maire du Kremlin-Bicêtre et secrétaire
national du MRC;
Jean Lojkine, sociologue;
Frédérique
Matonti, politologue;
Sylvia Pinel, députée PRG du Tarn et Garonne;
Vincent Peillon, député européen;
François
Rebsamen, sénateur et maire de Dijon;
Ivan Renar,
sénateur du Nord;
Bernard Vasseur, philosophe;
Pierre
Weill, ancien président-fondateur du groupe Sofres.
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